L’affineur originaire d’Ovronnaz, nominé aux Swiss Who’s Who Talent Awards 2025 organisé le 12 décembre 2025 à Les Roches Crans-Montana, a le chic pour décrypter et retirer le voile de méconnaissance sur les fromages avec le regard doux d’un Valaisan qui se demande ce qu’il fait dans ce merveilleux jeu de quilles.
Il n’y a qu’à écouter Claude Luisier. Et boire un verre de blanc: « Le goût des produits, je l’ai acquis dès l’enfance où j’avais l’habitude d’aller cueillir les salades et les légumes dans le potager familial situé à 1400 mètres d’altitude. Toute ma carrière professionnelle a vibré grâce à ces connaissances et cette recherche permanent du goût, le vrai. »
Claude Luisier grandit au sein d’une famille de restaurateurs, tenu aujourd’hui par son frère et sa belle-sœur, et il s’en souvient comme si c’était hier.
Au moment de prendre sa retraite, son fils Michel, doté d’un master en finance, lui propose de se lancer sur les réseaux sociaux et de partager avec une communauté naissante sa passion pour le fromage au lait cru. Ce qui a séduit le Valaisan de 68 ans promu de l’école hôtelière de Lausanne? « Une façon alternative de défendre et sauvegarder le patrimoine local. Il me tenait aussi à cœur de démontrer l’importance du savoir-faire de l’affinage, une tradition qui se perd de plus en plus. Vous méritez mieux que les produits industriels uniformes que l’on retrouve partout et qui sont insipides », écrit Claude Luisier dans son ouvrage « La Fromagerie » publié aux éditions Larousse il y a deux ans.
Star des réseaux sociaux dont la notoriété l’emmène jusqu’au Japon
Depuis le lancement du projet, Claude Luisier cartonne. Et ce n’est que peu dire. Il est devenu un phénomène viral avec ses 3 millions d’abonnés tous réseaux confondus. Chaque jour, depuis sa cave bicentenaire de Leytron dans le canton du Valais, maintenue à 12°C et à 92% d’humidité, il partage ses conseils, ses coups de cœur et quelques anecdotes de fabrication.

Entouré de ses 2’000 pièces de spécialités lactées attendant leur heure sur des planches en épicéa, vêtu d’une blouse blanche amidonnée, il présente l’une des fiertés du patrimoine culinaire helvétique. C’est de cette façon que ce natif du 1er août est devenu un véritable phénomène qui s’étend bien au-delà des frontières suisses. « Lorsqu’une ou un jeune me dit qu’il a découvert une variété fromagère grâce à l’une de mes vidéos, je me dis que c’est exactement pour ça que je me suis lancé dans cette aventure. La question de transmettre les bons goûts, le vrai produit, c’est ce qui me fait vibrer » révèle-t-il.
« Il y a deux ans, le Youtubeur franco-japonais Louis-san m’a contacté et c’est comme ça que nous nous sommes rendus ensemble jusqu’à Hokkaido, l’île situé au nord du Japon. Là-bas, j’ai pu faire la connaissance de M. Miyajima, un fromager formé à l’international qui officie aujourd’hui à la Kyodogakusha Shintoku Farm. Il y a eu ce moment extraordinaire où je me suis senti comme chez moi au cœur de sa cave. Ça a été une vraie rencontre », explique-t-il avec du soleil valaisan dans la voix.

Transmission d’une passion
La clé du succès réside peut-être dans la diversité des vidéos bien sûr; on y apprend un savoir-faire, des techniques de découpage, des associations de saveurs ou des astuces pour choisir un bon frometon. « Le crottin, ne le prenez jamais trop blanc et trop joli », conseille-t-il avant de partager une anecdote sur un Gruyère d’exception et affiné durant quatre ans.
Mais il y a aussi cette authenticité suisse franche du collier si peu connue hors des frontières et cet accent du terroir qui ne s’oublie pas. On sent chez lui une curiosité communicative qui donne envie d’apprendre à notre tour. Vidéo après vidéo, on prend note des variations subtils des parfums du lait, des gestes qu’il faut lors de l’affinage mais aussi les histoires humaines derrière chaque meule. Il convoque le travail des artisans et ceux des petites productions. Ce qui l’importe c’est la défense d’un art de vivre, de la qualité d’un produit et des « fromages vivants », ceux qu’il affectionne tant et pour lesquels il tient à se battre pour sauvegarder les parfums qui tendent à disparaitre.
À la question de savoir ce qu’il aime manger lorsqu’il a le blues, il répond après une seconde de réflexion comme pour mieux mesurer sa chance: « Je ne suis jamais triste, il m’arrive d’être fatigué physiquement mais pas triste ». On gardera cet échange dans un coin de la tête pour mieux se souvenir.
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