Ancien journaliste culinaire chez GaultMillau, Siméon Calame lance Millefeuille, un nouveau magazine papier consacré aux métiers du goût, aux artisans et aux territoires romands. Rencontre avec un passionné qui croit aux belles histoires et au pouvoir du papier.
Dans un paysage médiatique où tout s’accélère, Siméon Calame a choisi de ralentir. Après plusieurs années passées à parcourir la Suisse romande pour raconter ses tables, ses chefs et ses artisans, le journaliste culinaire se lance dans une aventure plus personnelle : Millefeuille, un magazine papier indépendant dédié à la gastronomie romande.
Un pari presque à contre-courant, mais qui a rapidement trouvé son public. Sa campagne de crowdfunding a dépassé son objectif, réunissant plus de 32’000 francs et fédérant une première communauté autour du projet. Preuve qu’il existe encore une place pour un média de niche, exigeant, sensible et profondément ancré dans le terrain.
Avec Millefeuille, Siméon Calame ne veut pas seulement parler de restaurants. Il souhaite raconter tout un écosystème : chefs, boulangers, producteurs, pêcheurs, vignerons, céramistes et artisans du goût. Des femmes et des hommes qui, souvent dans l’ombre, façonnent la richesse culinaire romande.

Interview
Quelques mots sur ton parcours, de la pâtisserie à fondateur de Millefeuille
J’ai commencé par un apprentissage en pâtisserie à 18 ans, au Duo Créatif, que j’ai dû interrompre pour des raisons de santé. Cette première expérience m’a néanmoins profondément marqué et a ancré mon lien avec la gastronomie. Je me suis ensuite tourné vers le journalisme culinaire, avec la chance de passer six ans chez GaultMillau, une période très formatrice, faite de rencontres et de découvertes. Avec le temps, j’ai ressenti un besoin de changement, de liberté, mais aussi une envie de me reconnecter davantage au terrain. C’est dans cette dynamique qu’est né Millefeuille, un projet à mon image, humain.
Comment est né Millefeuille ? Sur quels constats ?
Millefeuille est né d’une envie simple : raconter la gastronomie dans toute sa richesse. Donner la parole à l’ensemble de l’écosystème culinaire — chefs, boulangers, producteurs, pêcheurs, vignerons, céramistes —, tous ces acteurs qui façonnent le goût au quotidien. Il y avait aussi un manque : celui d’un média papier capable de raconter ces histoires avec profondeur et sensibilité. Millefeuille est né à cet endroit précis.


©Bontron&Co
Passer de GaultMillau Channel à l’entrepreneuriat : la décision a-t-elle été facile à prendre ?
Non, pas du tout. Quitter un cadre établi pour l’inconnu n’est jamais simple. Mais je ressentais de moins en moins de sens dans ce que je faisais, et l’envie de créer quelque chose de plus personnel est devenue évidente. J’ai aussi été très soutenu par mon entourage, qui m’a encouragé à me lancer. À un moment donné, il fallait simplement oser.
Pour lancer Millefeuille, tu as lancé une campagne de crowdfunding qui a très vite cartonné. As-tu été surpris ?
Oui, surtout par la rapidité. Je visais environ 30’000 francs en 30 jours, et nous avons dépassé les 32’000. Mais surtout, 7’000 francs ont été récoltés en six heures, puis 20’000 en une semaine. C’était un signal très fort : le projet trouvait déjà un écho et un soutien parmi les professionnels de la branche.
As-tu eu d’autres soutiens financiers ?
Oui, notamment quatre sponsors qui m’accompagnent dès le lancement. À cela s’ajoutent les abonnements, les entrées aux événements ainsi que des partenariats éditoriaux et publicitaires. Le modèle repose aujourd’hui sur cet équilibre.
Je suis convaincu que les médias de niche en format print ont un vrai avenir.
Siméon Calame
Pourquoi avoir fait le pari du print plutôt que du 100 % digital ?
Parce que le papier correspond à ce que je veux raconter. Je suis convaincu que les médias de niche en format print ont un vrai avenir, et la gastronomie mérite un objet que l’on prend le temps de feuilleter, que l’on garde, que l’on rouvre. À l’inverse, le digital impose souvent un rythme très rapide, où les contenus disparaissent vite. Avec Millefeuille, je voulais m’inscrire dans une temporalité plus lente, plus cohérente avec les histoires racontées.

Es-tu un amoureux du papier ?
Oui, clairement. J’ai un rapport très affectif au papier, j’aime ces objets que l’on conserve, que l’on collectionne. Une bibliothèque remplie de magazines ou de livres raconte déjà une histoire en soi.
Qu’est-ce qui a été le plus challenging dans le lancement de Millefeuille ?
Découvrir le monde de l’entrepreneuriat. Il faut apprendre vite, dans des domaines loin de mon centre de compétences et très variés — administratif, comptabilité, gestion — et surtout tout gérer seul. C’est exigeant et parfois fatigant, mais c’est aussi ce qui rend l’aventure extrêmement stimulante.
Quel est ton regard sur le monde des médias aujourd’hui ?
J’ai le sentiment que tout va de plus en plus vite, parfois au détriment du fond. On met beaucoup en avant les figures et les effets “wow”, alors qu’il existe une richesse immense dans des histoires plus simples, plus proches et plus accessibles. C’est ce que j’ai envie de raconter.
Le magazine offre une approche plus lente, plus sincère et profondément ancrée dans les territoires et les rencontres.
Siméon Calame
Que vient apporter Millefeuille dans ce paysage médiatique ?
Millefeuille propose un format papier entièrement consacré à la cuisine et aux métiers du goût, avec une attention particulière portée à toute la Suisse romande, au-delà des grands centres. Le magazine offre une approche plus lente, plus sincère et profondément ancrée dans les territoires et les rencontres.
Quand sortira le premier numéro ?
Le premier numéro paraîtra le 12 juin 2026, puis à un rythme trimestriel.

De quoi te réjouis-tu le plus dans l’aventure Millefeuille ?
Je me réjouis de voir les numéros exister, de les tenir en main et de les collectionner. Mais surtout, de continuer à rencontrer des artisans passionnés partout en Suisse romande et de raconter leurs histoires avec sincérité pour transmettre leur passion.
Quelles sont les prochaines étapes ?
La priorité est de stabiliser le projet, développer les abonnements et installer Millefeuille dans le paysage. Ensuite viendront les événements et les ateliers dès septembre. À terme, l’objectif est de structurer une équipe et, si possible, d’augmenter le rythme de parution.
Dans les goûts de Siméon
Ton restaurant préféré ?
Luciole, à La Chaux-de-Fonds. Danny Baker et Gabi Dubuis y jouent une partition enjouée, faite d’une gastronomie entièrement végétale, le tout dans le cadre charmeur d’une vieille villa aux murs boisés. Ils seront d’ailleurs les têtes d’affiche du second numéro de Millefeuille !
Une adresse gourmande à recommander pour cet été ?
Le Cabanotel. On y accède en voiture ou, je le conseille, après une marche d’une heure à une heure et demie à travers les prairies et la forêt. Là-haut, une jeune équipe propose une cuisine simple, généreuse et très juste, dans un cadre magnifique. Une expérience à part entière !
Es-tu plutôt sucré ou salé ?
Sucré ! J’aime les desserts, à condition qu’ils soient équilibrés et peu sucrés, avec une vraie expression de l’ingrédient principal.
Ton ingrédient miracle pour un plat réussi ?
La double crème, pour des sauces encore plus gourmandes.
Le plat le plus incroyable que tu aies dégusté ?
Un dessert à la fraise dégusté au Restaurant de l’Hôtel de Ville d’Avenches, signé Joeffrey Fraiche. Une fraise travaillée en plusieurs textures, d’une pureté remarquable, avec une intensité incroyable malgré très peu de sucre. Un souvenir marquant.
La plus belle rencontre de ta carrière ?
Celle avec Ahmed Atmani, fondateur de la chocolaterie Sisao à Bursins. J’y suis allé un jeudi après-midi et, après trois heures, nous n’avions pas fini. J’ai dû — et voulu — revenir le mercredi suivant pour poursuivre la découverte de cet homme au parcours fou et de ses produits magnifiques. Un moment rare, très humain.
Une phrase qui t’a marqué ?
On m’a souvent conseillé de faire ce qui me semble juste vis-à-vis de mes convictions, en avançant avec mes tripes et en restant sincère.
Et le soir, que cuisines-tu chez toi ?
J’ai une passion pour les pâtes maison, mais aussi pour les préparations simples juste travaillées maison. J’adore me lancer dans un écrasé de pommes de terre accompagné de boulettes de bœuf préparées avec plein d’herbes fraîches, une sauce à la crème et aux oignons, puis quelques légumes de saison, comme des asperges au printemps ou des haricots verts en été.
