En s’éloignant des piazza, des canaux encombrés et de la foule; l’intemporalité de la région se révèle enfin. Venise à contre-sens permet de voyager en scrutant le ciel et d’y capturer ses fantaisies insolites.
Au bout du ponton, lorsque Mauro Stoppa, le capitaine de l’équipage, a spontanément tendu la main pour aider les passagers à monter à bord de l’Eolo, quelque chose vous semblera immédiatement familier et rassurant. Peut-être est-ce en raison du clapotis de l’eau, du léger bercement de l’embarcation aux boiseries délicates, de l’odeur iodée enivrante ou du brouillard qui commence à s’épaissir. Peut-être est-ce la superposition de tout ces petits détails, tels les aplats de couleurs d’une toile, dont l’observation d’ensemble devient soudain émouvante.
Plonger dans le ventre de Venise
Pendant que le premier verre de Prosecco est servi sur le pont-arrière de l’antique bragozzo, c’est dans la cuisine, située dans la coque du navire, qu’il faut s’aventurer. Derrière les fourneaux, le chef Mauro veille sur sa brigade et donne la dernière touche aux préparatifs. Sur une épaisse planche en bois, les canocchie, les cigales de mer, finissent d’être soigneusement décortiquées tandis que de fines tranches de zucca, de citrouille, attendent leur heure aux côtés des feuilles de sauge. Sur le plan de travail, les polpette di pesce, les croquettes de poisson, sont façonnées dans le creux de la main et sur le feu, le risotto, qui sera servi accompagné d’une crème de raisins rouges, termine sa cuisson all’onda dans un murmure. De la porte du four que l’on vient d’ouvrir, les effluves irrésistibles d’un loup de mer, apporté le matin même par l’ami pêcheur et aquarelliste. Dans l’habitacle, où le superflu n’a pas sa place, on ne perçoit ni frénésie, ni fébrilité. Chaque geste est accompli de façon mesurée et empreinte de sérénité.
Avant de remonter à la surface, un dernier coup d’oeil aux étagères, remplies de livres d’auteurs et de carnets de recettes annotés au crayon. Sur la nappe blanche de la table dressée; verres soufflés de Murano, pain maison et quelques fruits rapportés du marché.
La cuisine de Mauro s’exprime de façon minérale et gourmande. On y décèle le travail d’un amoureux des matières premières. La succession des plats est une célébration, une exploration menée avec grâce, une mélodie constituée d’accords parfaits. « Enfant, j’aimais observer ma grand-mère et ma mère qui s’affairaient en cuisine », se souvient-il. Autour du bateau amarré, les teintes se sont diluées et rappellent les volutes provoquée par la pointe d’un pinceau plongée dans un verre d’eau. Si la lumière devenue cotonneuse ne permet plus de distinguer le ciel de la mer, vous y devinerez un ailleurs intemporel peuplé de flamands roses, d’hérons cendrés, d’îlots inhabités et de pêcheurs dans leurs barques coiffés de casquettes bleu marine.







S’assoupir dans un nouveau modèle hôtelier à Burano
La magie de Burano se saisit en y passant la nuit et en vivant comme un résidant. Une fois le dernier vaporetto parti en fin de journée, le pouls de l’île reprend un rythme doux. Les réverbères s’allument un à un, le linge qui a séché toute la journée sur un fil tendu à l’extérieur ne va pas tarder à être plié et les odeurs appétissantes de cuisine emplissent les ruelles colorées.
Dans la continuité de vouloir offrir une expérience en harmonie avec ces lieux culturellement marqués par les pêcheurs et les dentellières, la famille Bisol a conçu « Casa Burano ». Le concept? Un type d’hébergement qui offre les services d’un hôtel traditionnel dans une structure qui s’apparente à la location d’une propriété privée. Réception, restaurant et chambre ou appartement sont disséminés dans un rayon de 200 mètres, ce qui permet de vous immerger pleinement. « Pouvoir rentrer vous reposer dans l’une de ces maisons au moment où les pêcheurs rangent leur nasse, entendre une dentelière apostropher une voisine ou tout simplement observer le quotidien des habitants sont des expériences que nous voulons vous faire vivre. Vous pouvez être envoûté par la luminosité tendre qui nimbe les îlots éparpillés », explique avec ferveur Gianluca Bisol.
Ce qui est remarquable, c’est sans doute l’amour collectif de ceux qui font la lagune. Il s’articule autour de la mise en valeur primordiale qui lie l’humain à son précieux environnement. Une préoccupation majeure surtout en parallèle de l’avènement d’un tourisme de masse qui met en péril la région. Plonger dans la lagune ouvre de nouvelles perspectives comme celle de multiplier les occasions pour célébrer le sel de la vie.






Les bonnes adresses
Vivre une expérience unique
Naviguer dans la lagune au bord de l’embarcation de l’Eolo avec Mauro Stoppa.
Loger
À Burano: ” Casa Burano “
Se régaler
Trattoria Gatto Nero. Le chef Ruggiero Bovo et son fils Massimo, dont toute la famille est ancrée à Burano depuis 15 générations, proposent une cuisine authentique. Commandez, entre autres, le Baccalà Mantecato, une brandade crémeuse de morue vénitienne. gattonero.com
Visiter
Torcello. Ne manquez pas la sublime Cathédrale Santa Maria Assunta, une basilique à l’architecture vénéto-byzantine à couper le souffle. Elle fait partie de l’un des édifices religieux les plus anciens de la Vénétie et date de 639. La mosaïque monumentale du Jugement dernier est impressionnante.
